Le secteur du live menacé de "dévastation"

Selon une étude réalisée par Oxford Economics, le secteur de la musique live sera dévasté par la crise du Covid-19 au Royaume Uni. En France, les projections ne sont pas plus encourageantes.

L’industrie de la musique live mettra trois à quatre ans à se remettre de la crise du Covid-19 au Royaume Uni. C’est ce que prévoit une étude réalisée par Oxford Economics, sous le titre The Projected Economic Impact of COVID-19 on the UK Creative Industries, qui s’attend à une “dévastation” du secteur.

Pris dans son ensemble, le secteur musical (musique enregistrée et musique live) devrait voir son chiffre d’affaires au Royaume Uni baisser de 11 Md£ en 2020 (12,15 Md€) par rapport à celui de 2019, et sa contribution au PIB du pays (ou “valeur ajoutée brute”), qui fut de 5,2 Md£ (5,7 Md€) en 2018 selon l’organisation UK Music, chuter d’au moins 3 Md£ (3,3 Md€) en 2020, estiment les auteurs. Le nombre d’emplois à temps plein de la filière pourrait passer de 191 000 en 2018 à 77 000 en 2020.

“L’effondrement de la musique live et [du business] des tournées est le principal facteur contribuant à ce déclin”, précise l’étude, qui parle d’un secteur d’activités “décimé”. Mais les studios d’enregistrement et les magasins de disques ont aussi eu à pâtir de la crise. Et les labels ont vu le montant des droits voisins perçus des lieux sonorisés fondre comme neige au soleil, pointent les auteurs, qui jugent les perspectives de reprise très incertaines.

“Les conséquences à plus long terme pour l'ensemble de l'industrie musicale sont difficiles à prévoir, mais les perturbations de la production et de la promotion, l'épuisement des réserves de trésorerie, en particulier pour les PME, et les retards dans les décisions d'investissement, laisseront des vides dans les calendriers de sortie, ce qui aura un impact direct sur les recettes tirées des droits plus tard”, conclut l’étude.

En France, le cabinet d’études EY a évalué à 1,8 Md€ les pertes potentielles du secteur du live pour les seules musique actuelles en 2020 (81 % de son chiffre d’affaires) et à 26 000 le nombre d’emplois qui pourraient être détruits, si l’organisation de concerts ne reprend pas à son rythme de croisière avant la fin de l’année. Sans soutien financier, 51 % des entreprises du secteur sont menacées de faillite, estime EY.

Le Centre national de la musique (CNM), dont l’évaluation englobe la musique classique, estime les pertes de recettes potentielles du spectacle vivant de musique entre de 1,7 et 2 Md€, en tablant néanmoins sur une reprise progressive cet été ou avant la fin de l'année. Une équipe de chercheurs menées par Emmanuel Négrier (Université de Montpellier) et Aurélien Djakouane (Université de Nanterre) a de son côté estimé le manque à gagner lié à l’annulation de plus de 2600 festivals d’été en France entre 1,5 et 1,8 Md€.