Chiffre d'affaires de Spotify et Deezer en France, une estimation à la louche

Les plateformes de streaming ne publient pas leur chiffre d'affaires par territoire mais consolidé au niveau mondial. On peut cependant estimer à la louche ce que sont leurs revenus réels en France.

A la louche ! C’est la seule méthode dont nous disposions pour tenter d’évaluer le chiffre d’affaires que les principales plateformes de streaming réalisent en France, sachant qu’elle ne publient pas leurs résultats par territoire, mais consolidés au niveau mondial.

Spotify : de 130 M€ à 170 M€ HT en 2019 (estimation)

En 2018, le chiffre d’affaires officiel de Spotify France a été de 18,8 M€ à peine, selon les derniers comptes sociaux publiés, ce qui est d’un poids presque négligeable dans les revenus de sa maison mère immatriculée au Luxembourg (6,2 Md€ en 2018), et n’a aucun rapport avec ce que pèse réellement le marché français du streaming dans ses résultats au niveau mondial.

Source : Societe.com

Mais Spotify France n’est qu’une succursale commissionnée, optimisation fiscale oblige, et tout abonné à Spotify en France passe un contrat avec Spotify Ltd au Royaume Uni, filiale qui gère toutes les activités commerciales de la compagnie en Europe, et consolide dans son bilan l’ensemble de ses revenus commerciaux (publicité et abonnement) sur le Vieux Continent. Le chiffre d’affaires réalisé rellement par Spotify en France se noie donc allègrement dans celui déclaré par Spotify au Royaume Uni.

Le seul moyen de l’évaluer est de partir des revenus générés par le streaming pour les producteurs de musique enregistrée (labels et maisons de disques). Ils se sont élevés à 323,4 M€ en 2019, selon le bilan annuel du SNEP (Syndicat national de l’édition phonographique). Dans son dernier bilan trimestriel, le syndicat de producteurs indique que la part de Spotify dans les revenus des majors (qui pèsent en gros 80 % du marché) a été de 27 % en 2019 : ce qui permet, en situant sa part du marché global du streaming audio en France entre 25 % et 30 %, majors et indépendants confondus, d’évaluer les revenus générés par la plateforme suédoise pour l’ensemble des producteurs français en 2019 entre 80 M€ et 100 M€.

Source : SNEP

Spotify déclare reverser environ 70 % de ses revenus aux ayant droit de la musique. La Sacem perçoit 10 % de leur montant HT, qu’elle répartit aux auteurs, compositeurs et éditeurs. La part reversée aux producteurs est donc de l’ordre de 60 %, ce qui permet d’évaluer le chiffre d’affaires HT de Spotify en France en 2019 entre 130 M€ et 170 M€.

Deezer : de 170 M€ à 190 M€ HT en 2019 (estimation)

Selon le SNEP, la part de Deezer dans les revenus générés par le streaming pour les trois majors en France a été de 33 % en 2019. En considérant que sa part de l’ensemble du marché est comprise entre 30 % et 35 %, on peut évaluer le montant des revenus générés par Deezer pour les producteurs français en 2019 entre 100 M€ et 115 M€. Et en prenant pour hypothèse que, comme Spotify, Deezer reverse 60 % de son chiffre d’affaires HT aux producteurs, le montant de ce dernier se situerait donc entre 170 M€ et 190 M€ en 2019.

Le dernier bilan de Deezer accessible sur le site Societe.com (la société n’a pas publié de comptes sociaux depuis) fait état d’un CA global de 280,7 M€ en 2017, dont 131,6 M€ à l’export, ce qui donne un CA d’environ 150 M€ en France cette année-là, en hausse de 28 % sur un an, et de 50 % sur trois ans. Si on applique les taux de progression du marché français du streaming au CA français officiel de Deezer en 2017 (CA hors export), il aurait dû atteindre 190 M€ dès 2018 (+28 % sur un an), et 230 M€ en 2019 (+23 %).

Source : Societe.com

De deux choses l’une : soit Deezer a sous-performé sur le territoire français par rapport à l’ensemble du marché en 2018 et 2019, ce que pourrait acréditer la revendication de Spotify d’être devenu numéro un en France ; soit les estimations ci-dessus ont une marge d’erreur qui se situe autour de 20 %. La louche est à ce prix. Une autre variable d’ajustement - si elle se révèle inférieure à 60 % - pourrait être la part de ses revenus que Deezer reverse aux producteurs.