Les majors de la musique enregistrée font leur premier bilan post-Covid

En raison d'une chute accentuée de leurs ventes physiques et d'une progression moindre du streaming, les trois majors ont accusé une baisse de leur revenus cumulés de 8 % au deuxième trimestre 2020.

Economic Impact of COVID-19 | Markets & Economy | Insights ...

Les trois majors de la musique ou leur maison mère (dans le cas de Sony Music et Universal Music) ont publié leurs résultats financiers du deuxième trimestre 2020 (Q2 2020), clos le 30 juin dernier. L’occasion de faire un premier bilan de l’impact qu’a eu la crise du Covid 19 sur l’économie de la musique enregistrée et de l’édition musicale, laquelle s’est évidemment contractée.

Un chiffre d’affaires cumulé en baisse de 8 %

Les revenus de Warner Music ont reculé de 4,5 % sur la période par rapport au deuxième trimestre 2019 (Q2 2019), à 1,010 Md$ (851,76 M€), et ceux de Sony Music de 13,5 %, à 173,735 MdY (1,38 Md€). Vivendi annonce une hausse organique du chiffre d’affaires d’Universal Music de 3,5 % sur l’ensemble du premier semestre, mais ses revenus, en hausse de 12,7 % sur Q1 2002, ont baissé de 4,7 % sur Q2 2020, à 1,69 Md€.

Source : Vivendi

La baisse du chiffre d’affaires cumulé des trois majors sur Q2 2020 par rapport à Q2 2019 s’élève à 341 M€ - 26,3 MdY (210 M€) pour Sony Music, 48 M$ (40 M€) pour Warner Music, et 83 M€ pour Universal Music. Elle représente un recul de près de 8 % par rapport à leur chiffre d’affaires cumulé de Q2 2019.

Effondrement des ventes physiques

Les ventes physiques sont sans surprises celles qui ont eu le plus à souffrir de la crise du Covid au deuxième trimestre 2020. Elles s’affichent en recul de 46,3 % en valeur chez Warner Music, et de 39 % chez Universal Music. Sony Music, qui ne les distingue plus du téléchargement dans ses résultats, annonce une baisse globale de ses ventes de 35,8 % sur ces deux canaux.

Source : Sony Corp.

La baisse des ventes physiques s’était presque tassée sur Q1 2020 pour Universal Music (- 1,4 %) ; elle était beaucoup moins vertigineuse pour Sony Music (- 8,2 %) ; et moins accentuée qu’au deuxième trimestre chez Warner Music (-27,6 %). Sur Q2 2020, les ventes physiques n’ont plus pesé que 5 % du chiffre d’affaires de Warner Music et 9 % de celui d’Universal Music. Marché physique et téléchargement ont représenté moins de 17 % des revenus de Sony Music sur la période.

Une croissance moindre du streaming

Même si ses revenus ont augmenté pour les trois majors sur Q2 2020, la progression du streaming a marqué le pas. Elle est passé de 21,3 % sur Q1 2020 à 3,6 % sur Q2 2020 pour Sony Music, et de 16,5 % à 8,5 % pour Universal Music. Warner Music, qui consolide dans ses résultats les revenus du streaming et du téléchargement, a vu la croissance du “digital” passer de 7,8 % sur Q1 2020 à 5,3 % sur Q2 2020.

Source : Warner Music Group

Entre le premier et le deuxième trimestre 2020, la part du streaming dans les revenus des majors est passée de 33,2 % à 39,6 % pour Sony Music, et de 51,3 % à 53,6 % pour Universal Music. Chez Warner Music, la part du digital (streaming et téléchargement) est passée de 55,2 % sur Q1 2020 à 62,3 % sur Q2 2020.

L’édition musicale fait encore de la résistance

Universal Music affiche des performances soutenues en matière d’édition musicale (droits d’auteur), avec une croissance de 24,5 % sur Q2 2020, contre une hausse de 17,7 % sur Q1 2020, que peuvent expliquer les délais de répartition des droits d’auteur. Vivendi évoque la contribution de revenus non récurrents liés à des appels de royalties. Malgré une baisse des droits d’exécution publique perçus (- 25 %), des droits de reproduction mécanique (- 38,4 %), et des droits de synchronisation (- 24 %), Warner Music affiche également une légère croissance dans ce secteur d’activité (+ 1,4 %), grâce à la hausse des droits d’auteur en provenance du numérique (+ 38,4 %).

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Cette légère croissance des revenus de Warner Music dans l’édition musicale sur Q2 2020, cependant, est portée essentiellement par le marché américain (+ 4,2 %). Ils s’affichent légèrement à la baisse à l’international (- 1,3 %). Sony Music, de son côte, enregistre une baisse de 20,8 % dans l’édition musicale sur la période, contre une hausse de 47,6 % sur Q1 2020. Une contre-performance que l’arrivée plus précoce de la pandémie en Asie du Sud-Est peut expliquer, ce qui n’augure rien de bon pour Universal Music et Warner Music d’ici la fin de l’année.

De lourdes pertes opérationnelles pour Warner Music

Warner Music enregistre une lourde perte opérationnelle sur Q2 2020, de 433 M$ (367,4 M€), et une perte nette de 530 M$ (441,2 M€). Cette perte opérationnelle n’était que de 49 M$ (41,5 M€) sur Q1 2020. Sur l’ensemble de l’exercice fiscal 2019 clos le 30 septembre dernier, la compagnie avait enregistré un bénéfice opérationnel de 356 M$ (302 M€), et un bénéfice net de 258 M$ (219 M€). Au premier trimestre de son exercice 2020 (Q4 2019), elle enregistrait un bénéfice opérationnel de 165 M$ (140 M€) et un bénéfice net de 122 M$ (103,5 M€).

Source : Warner Music Group

La baisse des revenus de Warner Music au premier semestre 2020 (de 67 M$ sur un an), qui peut être mise sur le compte de la crise du Covid, ne suffit pas à expliquer cette contre-performance. Elle repose pour une grande part sur une hausse spectaculaire de ses dépenses générales et administratives sur la période (+ 167,5 % par rapport au premier semestre 2019). La compagnie l’explique dans ses documents financiers par une charge exceptionnelle “de rémunération à base d'actions hors trésorerie de 437 millions de dollars, comptabilisée dans les frais de vente, généraux et administratifs dans nos états des résultats pour les trois et neuf mois se terminant le 30 juin 2020”. A quoi s’ajoutent les coûts liés à son introduction en bourse, à hauteur de 86 M$ (73 M€).

Sony Music a réalisé un bénéfice opérationnel de 34,9 MdY (279,5 M€) sur Q2 2020, en baisse de 8,8 % sur un an. Vivendi ne communique que sur le bénéfice opérationnel ajusté (EBITA) d’Universal Music sur l’ensemble du premier semestre, en hausse de 18 % sur un an, à 567 M€. La crise du Covid 19 ne semble pas avoir encore entamé la rentabilité des majors de la musique hors charges exceptionnelles. Les résultats de Vivendi Village, qui regroupe les activités de Vivendi dans le spectacle vivant, la billetterie et les festivals, et qui a vu ses revenus chuter de 61 % au premier semestre, n’affectent ceux du groupe qu’à la marge.

Pas de boule de cristal pour le second semestre

“Les métiers liés à la publicité et au spectacle vivant risquent d’être affectés plus durablement que les autres. Le groupe reste néanmoins confiant quant à la capacité de résilience de ses principaux métiers”, annonce Vivendi à propos des perspectives du deuxième semestre, qui restent très incertaines. “Etant donné l'incertitude qui pèse sur la propagation ou l’atténuation potentielles du virus , et sur l'imposition ou l'assouplissement des mesures de protection, nous ne pouvons pour l'instant raisonnablement estimer l'impact sur nos résultats d'exploitation, nos flux de trésorerie et notre situation financière”, préfère botter en touche Warner Music.

Source : Sony Corp.

Sony Music table toujours sur la croissance du streaming pour compenser au moins partiellement la baisse des ventes physiques et des revenus de l’édition musicale, et se risque à des projections sur la cloture de son exercice fiscal fin mars 2021. La major anticipe une baisse de ses revenus annuels de l’ordre de 7 % par rapport à l’exercice précédent. Avec un bénéfice opérationnel de 130 MdY (environ 1 Md€), en baisse de 8,6 % sur un an.