Les captations de concerts du Triton : une démarche patrimoniale

Jean-Pierre Vivante, directeur du Triton aux Lilas (93), témoignait de son expérience de la captation de concerts de jazz dans le cadre d'une enquête des étudiants de l'IMM sur le live streaming.

Compte-rendu du retour d’expérience de Jean-Pierre Vivante, directeur de la salle de concert du Triton aux Lilas (93), en matière de captation de concerts de jazz, à l’occasion d’un échange avec des professionnels organisé en visio-conférence (partie 1, partie 2) par l’Institut des métiers de la musique (IMM), avec la participation des étudiants, dans le cadre d’une enquête sur le live streaming.

Située aux Lilas dans la banlieue parisienne, la salle du Triton produit ses propres captations de concerts de jazz qu’elle met à disposition en VOD sur Internet. (photo Le Parisien)

« Ce qui nous a motivés au départ, c'est la question du patrimoine », confie Jean-Pierre Vivante, le directeur de la salle de concert Le Triton aux Lilas, près de Paris, qui a depuis longtemps pris le parti de filmer la plupart des concerts qu'il programme. La diffusion ne se fait pas en direct. La captation audiovisuelle est mise à disposition en VOD sur Internet ultérieurement, après avoir fait l'objet d'une post-production, à raison d'un concert mis en ligne tous les dimanches. « On fait 200 concerts par an, dont 150 créations, et nous voulons qu'il en reste quelque chose, que cela constitue un catalogue et un outil pour les musiciens, les mélomanes et étudiants à venir. Ce sont des musiques peu écoutées. La démarche n'est donc pas commerciale. C'est plutôt une mission de service public  ».

Des productions audiovisuelles de qualité

Le patron du Triton n'est pas un adepte du « live streaming » (diffusion en direct). « Le direct oblige techniquement à certaines méthodes dont on peut totalement s’exonérer si on n’est pas en direct, ce qui améliore sérieusement la qualité de la production, explique t-il. Le cadreur peut faire une image merdique au moment de la réalisation en direct ; le réalisateur n'est pas forcément pile sur le démarrage du break de batterie ; le type au son n'a pas forcément envoyé l'effet au bon moment ; etc. » Pour Jean-Pierre Vivante, le « stream live », au contraire des captations qu'il produit et post-produit, est encore trop souvent de piètre qualité, et n'a pas vocation à perdurer, même si son archive reste disponible.

« J'ai fait le choix de faire des captations de qualité, explique t-il, avec huit à dix caméras, des cadreurs, des caméras robotisées, un réalisateur, des monteurs et des mixeurs […] ». Ce qui lui importe, c’est « que les artistes puissent s’exprimer à travers un programme vidéo, qu’ils puissent en être contents, le valider, en être fiers, et que le public puisse y accéder. » S'ils en éprouvent le besoin, les musiciens peuvent faire plusieurs prises d'une même chanson. « [Pour eux], la question s'est posée de savoir s'ils étaient en concert ou en studio. […] La conclusion, c'est qu'ils ne sont ni en concert, ni en studio, mais entre les deux ».

S’émanciper des GAFAM

La salle du Triton s'est entièrement équipée pour réaliser des captations audiovisuelles de qualité. « Tout le personnel est permanent, confie son patron. On du matériel acquis : dix caméras sur tourelle, trois caméras au poing, plus un très grosse régie Tricaster, et tout le matériel de post-production. » Le Triton a pris le parti de distribuer lui-même ses captations de concerts sur Internet, et de ne pas alimenter les grandes plateformes de streaming des GAFA en contenus gratuits : « D'une certaine façon, ce sont des fossoyeurs. Ils pompent notre contenu [qu'ils diffusent gratuitement] et nous empêchent d'imaginer un modèle économique viable pour la diffusion de nos musiques qui s'appuie sur du payant. »

Le Triton, en revanche, se sert de ces plateformes pour faire la promotion de son offre payante1. « On met systématiquement en ligne un teaser sur Youtube, explique Jean-Pierre Vivante. […] On a d'un côté du catalogue, qui doit être peaufiné, bien présenté, avec un bon son, de bonnes images, un contenu intéressant et innovant, et de l'autre côté de la promo. Je pense qu'on doit se servir de ces outils gratuits et qui ne nous payent pas pour faire la promotion de ce qu'on a à vendre. »

Au delà, Jean-Pierre Vivante envisage de se regrouper avec d'autres patrons de salles pour créer une plateforme unique de rediffusion de concerts de jazz en VoD, toujours dans une démarche patrimoniale, qui ne se fixe pas pour priorité d'être rentable. « Même si on a beaucoup progressé, en partant de très bas, ce que les captations nous rapportent ne pèse pas 1 % du budget de production », confie le patron du Triton.

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Abonnement mensuel de 6 € pour accéder à tout le catalogue ; un nouveau concert par semaine ; concert à l’unité à partir de 2 €. https://vod.letriton.com/