Coronavirus : "capital crunch" en perspective pour les start-up

Les sources de financement privé pourraient se tarir considérablement en raison de la crise déclenchée par le coronavirus, avertit le fonds de capital risque californien Sequioa Capital.

Dans un billet posté sur Medium et titré “Coronavirus : The Black Swan of 2020”, le fond de capital risque californien Sequoia Capital - l’un des fonds historiques de la Silicon Valley, qui a contribué au financement de la plupart des superstars locales des nouvelles technologies, dont Apple, Cisco, Oracle, Yahoo ou encore Google - fournit aux fondateurs et P-dg des start-up de son portefeuille d’investissements quelques consignes pour garantir la pérennité de leur entreprise, en dépit des conséquences commerciales potentielles de la propagation du coronavirus.

“Le coronavirus est le cygne noir de 2020. Certains d'entre vous (et certains d'entre nous) ont déjà été personnellement touchés par le virus. Nous savons le stress que vous subissez et sommes là pour vous aider. Des vies étant en danger, nous espérons que les conditions s'amélioreront le plus rapidement possible. En attendant, nous devons nous préparer aux turbulences et avoir l'esprit préparé aux scénarios qui pourraient se produire”, explique Sequoia dans son billet.

Parmi les désagréments auxquels devront faire face les start-up de son portefeuille dans les semaines et les mois qui viennent, le fonds d’investissement cite la chute probable de l’activité, la rupture des chaînes d’approvisionnement, la limitation des voyages professionnels, ou encore l’annulation de rendez-vous d’affaires. Et de délivrer quelques conseils à leurs dirigeants :

  • Première chose à considérer : Avez-vous assez de cash en réserve pour faire face à plusieurs mauvais trimestres consécutifs si l’économie s’effondre ? Avez-vous établi des plans d'urgence ? Quelles dépenses pourriez-vous réduire sans nuire fondamentalement à l'entreprise ? “Posez-vous ces questions dès maintenant pour éviter des conséquences futures potentiellement douloureuses”, conseille Sequioa.

  • Les financements privés pourraient se réduire considérablement, comme ce fut le cas en 2001 et 2009, prévient Sequoia : “Que feriez-vous si la collecte de fonds à des conditions attractives s'avérait difficile en 2020 et 2021 ?” Les start-up ayant des besoins de financement récurrents à des étapes critiques de leur développement, elle peuvent se retrouver en grande difficulté si elles ne parviennent pas à lever des fonds.

  • Les prévisionnels de ventes doivent être certainement revus à la baisse, avertit Sequoia : “Même si votre entreprise ne vous semble pas exposée directement ou immédiatement, anticipez que vos clients pourraient revoir leurs habitudes de dépense. Des affaires qui semblaient certaines peuvent ne pas se conclure. L'essentiel est de ne pas se faire prendre au dépourvu”.

  • Dans un contexte de baisse des ventes, où la valeur à vie des clients déjà acquis a tendance à diminuer, Sequoia recommande de limiter les dépenses d'acquisition de nouveaux clients, et de maintenir un rendement constant des dépenses de marketing, en envisageant même de relever la barre de leur retour sur investissement.

  • Dans la foulée, l’investisseur ne manque pas de rajouter un peu de pression à la pression. “Compte tenu de tous les points de tension susmentionnés sur vos finances, le moment est peut-être venu d'évaluer de manière critique si vous pouvez faire plus avec moins et augmenter votre productivité”, écrit-il.

  • Tant que l’indépendance financière n’est pas acquise, l’heure n’est pas à l’investissement en capital dans le développement ou la croissance externe. C’est le dernier conseil de Sequoia, qui écrit : “Examinez si vos plans de dépenses en capital sont judicieux dans un environnement plus incertain. Peut-être n'y a-t-il aucune raison de changer de plan et, pour autant que vous le sachiez, l'évolution des circonstances peut même offrir des possibilités d'accélération. Mais ce sont des décisions qui doivent être délibérées.”

Pour remonter quand même un peu le moral des troupes, Sequoia Capital rappelle que c’est dans ces moments difficiles que se produit parfois le meilleur : “Nous nous sommes associés à Cisco peu après le Lundi noir en 1987. Google et PayPal ont survécu à l'effondrement de la bulle Internet. Plus récemment, Airbnb, Square et Stripe ont été fondés en pleine crise financière mondiale. Les contraintes obligent l’esprit à se concentrer et fournissent un terrain fertile pour la créativité.”